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1969 : l’année de Merckx

2 April 2019

« Ce jour-là, une seule chose comptait : gagner »

C’est avec une poignée de main ferme qu’Eddy Merckx nous accueille dans sa ferme de Meise. Le vainqueur du Tour des Flandres 1969 est rayonnant, le temps est au beau fixe et il peut enfin remonter en selle. Il nous parle du vent frais durant la randonnée qu’il vient de terminer, qui n’a toutefois rien à voir avec les conditions orageuses d’il y a 50 ans.

Le 30 mars 1969. Peut-être l’un des jours les plus importants de sa carrière. Ce jour-là, le monde entier eut pour la première fois affaire au Cannibale. « J’avais 24 ans et j’étais professionnel depuis trois ans », explique Merckx. « J’avais remporté trois fois Milan-San Remo, ainsi que la Flèche wallonne et Paris-Roubaix. Mais pas encore le Tour des Flandres. Comment était-ce possible ? »

Merckx s’était mis une énorme pression. « Pour moi, une seule chose comptait : remporter le Tour des Flandres. Je me souviens, j’étais assez nerveux au départ. Il s’était chaque fois passé quelque chose les années précédentes : j’étais tombé en 1966, Gimondi et Zandegù m’avaient empêché de m’échapper en 1967 et en 1968, il faisait très beau et il avait été impossible de durcir la course. Je n’avais donc encore jamais gagné et le peloton de 1969 savait très bien que je serais l’homme à battre, plus encore que les autres années. »

Solo

Ses yeux brillent lorsque le plus grand de tous les temps replonge dans le passé avec nous. « Après 28 kilomètres de course, il y eut une grosse chute impliquant plusieurs concurrents, dont le vainqueur du Ronde 1968 Godefroot. Il ne restait alors qu’un groupe d’à peine 28 coureurs. Après le tumulte, j’ai regardé autour de moi et j’ai vu que Gimondi et Basso étaient toujours là. Tout le monde a roulé pour rester devant. Mais peu avant le Mur de Grammont, j’ai senti que certains allaient rester dans les roues. Ils n’ont plus pris de relais et se sont mis dans ma roue. Je savais que je devais y aller, car après le Bosberg, il n’y aurait plus de côtes où faire la différence. »

Ce fut le début d’un solo légendaire de plus de 70 km, à la Merckx. « Le directeur sportif, Lomme Driessens, est venu me voir en voiture et m’a demandé si j’étais fou », explique-t-il en riant. Les reproches auraient même fusé. « Je ne sais plus trop ce que je lui ai répondu. Mais je l’ai remballé, ça oui. Que pouvais-je faire d’autre ? Rester dans ce groupe et faire le travail tout seul alors que les autres allaient rester tranquillement à l’abri dans ma roue ? Le peloton était à nos trousses... Si je voulais gagner, il fallait que je donne tout. Mais je ne dis pas que ce fut facile. 70 km, c’est beaucoup. Entre Ninove et Nederbrakel, j’avais le vent en pleine face. Mais j’ai continué et à l’arrivée, j’avais une belle avance. »

Gentbrugge

5’36” pour être précis. « Sur la ligne, je me suis dit : ils ne pourront plus me l’enlever ! Un tel solo procure une certaine satisfaction à l’arrivée. Quand on gagne avec quelques secondes d’avance, on est beaucoup plus nerveux. Après l’arrivée, le directeur sportif est venu me trouver : "On a encore gagné !", m’a-t-il dit. Du Dries tout craché », lance-t-il en riant. « Je l’avoue, j’aurais été extrêmement déçu de ne pas rester premier. Un problème mécanique peut toujours arriver, mais on n’y pense pas. Il faut juste rouler et rester devant. On veut franchir la ligne d’arrivée le plus rapidement possible, c’est tout. »

Cette ligne d’arrivée était alors située à Gentbrugge et non dans les Ardennes flamandes, comme c’est le cas aujourd’hui. « De nos jours, le Tour des Flandres n’a plus grand-chose à voir. À mon époque, c’était une course pour sprinteurs et coureurs rapides. Il y avait plus de pavés et moins de côtes. Après le Bosberg, le parcours était trop facile. Je ne suis pas jaloux du peloton actuel, j’ai eu mon temps. Mais j’aime le Ronde d’aujourd’hui. C’est une course pour les vrais athlètes. Pour être tout à fait honnête, j’aurais préféré rouler sur le parcours actuel, et je suis persuadé que je l’aurais alors emporté plus de deux fois. »

  • Het Nieuwsblad © Het Nieuwsblad
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